FOOTBALL – Valenciennes, l’adieu au stade Nungesser

Publié le 1 juin 2011

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Voué à la démolition, le stade Nungesser a vibré  pour la dernière fois, dimanche 29 mai. Le VAFC affrontait Nice avec l’objectif de sauver sa peau en L1. Une ambiance de fête teintée d’émotion pour les nombreux supporters présents. La Serviette était avec eux, en tribune.

19 heures. Nungesser ouvre ses portes. Les supporters valenciennois prennent place pour la dernière fois dans ses tribunes vétustes, faites de poutrelles métalliques et de murs de briques. La soirée s’annonce difficile. La rencontre est classée à hauts risques émotionnels. « J’ai la frousse, je n’ai jamais eu aussi peur », lance Paul, 67 ans, supporter du VAFC, un large sourire aux lèvres pour évacuer la pression.

Dernier match officiel à Nungesser, Valenciennes, 15 ème au classement, rencontre Nice, 14 ème. La survie des deux clubs en L1 est en jeu. Colossal, l’enjeu sportif volerait presque la vedette aux adieux du stade. « Si on parvient à se maintenir, la douleur sera atténuée. Mais si on en vient à descendre, j’aurai doublement les boules », avoue Gérard, 51 ans, supporter « depuis toujours », croisé sous la tribune Pouille, à quelques pas de la buvette. « Inaugurer le nouveau stade en L2, ce serait dur, très dur », se désole t-il.

Pour cette der’, le stade fait le plein. 15 193 spectateurs. Temps doux. Pelouse en bon état. Dans les gradins, on flippe mais on chante malgré tout. La mythique Tribune de Fer, où se tiennent debout les abonnés, lance les hostilités. Chants, drapeaux. « Nungesser à jamais dans nos cœurs », déclame une banderole. La tribune Pouille se remplit et s’agite elle aussi, délicieusement éclairée par la lumière du soleil couchant. L’ambiance familiale est à peine troublée par les provocations de quelques supporters niçois, mines patibulaires, qui ont fait le déplacement.

« Ce sont plein de souvenirs qui vont s’envoler »

Dernier match de la saison oblige, sur la pelouse, les jeunes du club défilent entourés de leurs éducateurs sur Waka-Waka de Shakira. Les spots publicitaires tentent de se faire entendre : « Il y a surement un supporter du VAFC près de chez vous, alors COVOITUREZ ! » Stade d’un autre temps aux installations précaires, Nungesser affiche encore de belles couleurs, pour ses adieux. « Je ne pouvais pas ne pas être là pour ce match. Ce stade est un monument pour moi. Après cette rencontre, ce sont plein de souvenirs qui vont s’envoler », explique Gérard, très ému.

Paul, siège n°154, supporter de VA

Assis sur le siège n°154 « comme à chaque match », Paul a des souvenirs plein la tête lui aussi.

« Quand j’étais jeune, avec mon père, on déjeunait chez mon papy le dimanche. Après on partait tous les trois au match. Les femmes de la famille venaient nous rechercher après la rencontre. Elles nous attendaient derrière les grilles du stade. Les années 60 en D1 étaient fantastiques. J’ai vu jouer dans ce stade Joseph Bonnel, un milieu de terrain international. Il avait de sacrées poumons ce joueur ! »

Plus douloureux, le souvenir du scandale VA/OM et de la descente en enfer du club.

« J’étais à Nungesser lors du fameux match contre l’OM en 93. Il y avait tous les dirigeants, les arbitres et Jacques Glassman (joueur de Valenciennes, c’est lui qui avait révélé l’affaire) au milieu du terrain. Dans le stade, on se doutait que quelque chose était en train de se passer. Il y a eu un froid, on n’entendait plus rien ».


Journal de 20 heures, France 2, 18 juillet 1993, source : ina.fr

Paul n’a pas oublié non plus les années en CFA, en plein hiver, posté dans des tribunes balayées par le vent froid. « On était à peine 300 dans le stade ! C’était triste. »

Des tribunes et une piste de vélo

Si Nungesser est aujourd’hui loin, très loin, de répondre aux exigences des enceintes sportives modernes, le stade valenciennois a pourtant beaucoup changé depuis sa création en 1930. A ses débuts, une seule tribune en bois bordait le terrain. Nungesser était alors aussi un… vélodrome. « Quand j’étais jeune, une piste entourait la pelouse. J’ai même vu des arrivées du Tour de France ici », précise Paul.

C’est en 1935 que la tribune de fer sort de terre. Faites de poutrelles métalliques, elle n’a presque pas évolué depuis. Aucune place assise, le confort est aléatoire mais l’essentiel n’est pas là. Repère des abonnés, c’est elle qui donne la couleur au stade. « Une tribune mythique à jamais dans l’histoire », ont écrit les supporters sur une banderole pour ce dernier match. La tribune officielle arrivera elle en 1955. Quelques semaines plus tard, Nungesser connait ainsi la plus grande affluence de son histoire. Le 13 mars 1955, 21 268 spectateurs se sont massés dans l’enceinte pour assister à la victoire de Valenciennes sur Sedan 3 à 0.

Tribune Pouille, 19h35

La dernière tribune à sortir de terre est construite en 1992 afin de répondre aux exigences du règlement qui oblige les clubs de D1 à offrir 20 000 places assises. La piste cycliste du vélodrome disparait définitivement même si on la devine encore ici et là. D’abord appelé Tribune Est, cette tribune de 6 357 places assises sera par la suite baptisée Tribune Pouille du nom de l’un des plus charismatiques présidents du club.

Quatre tribunes construites à intervalles très irréguliers. A chacune son style. Vétuste, Nungesser ne s’est pas arrogé une place de choix dans les cœurs des supporters pour son architecture et son esthétique mais bien par sa riche histoire.

Une victoire pour les adieux

Retour au match. Les minutes défilent. Une première période crispante, dominée par les joueurs valenciennois mais toujours vierge du moindre but. A la pause, la speakerine égrène les résultats sur les autres stades, pas vraiment favorables aux Valenciennois. Les supporters accusent le coup.

La délivrance arrive quelques minutes seulement après la reprise. A l’issue d’un grand n’importe quoi dans la surface, Grégory Pujol ouvre le score et délivre tout un stade. La tribune de fer allume ses premiers fumigènes. Les gradins tremblent sous le poids des sauts du public. Quelques minutes plus tard, le VAFC double la mise. C’est l’explosion. « On est en L1, on est en L1 », scandent les supporters. Tribune de fer,on danse, on chante. Trop occupés à célébrer leur bonheur de voir leur club se maintenir, ils manqueront même le but niçois en toute fin de match.

Tribune de Fer, 22h49

Au coup de sifflet final, les joueurs valenciennois explosent comme s’ils venaient de remporter la Coupe. Nicolas Penneteau, le gardien, tombe dans les bras de la mascotte du club, un cygne au cou stratosphérique. Bel épilogue pour Nungesser, les supporters sont soulagés. Chez Paul, joie et nostalgie s’entremêlent au moment de quitter son siège n°154. Il vit ses dernières minutes dans les gradins de Nungesser pour un match officiel. « J’aurais préféré qu’on garde ce stade. Il aurait suffit qu’on bouche les coins pour le rénover ! », déplore t-il.


VA/Nice : Le coup de sifflet final, vidéo : S.B.

Le chant du cygne

La saison prochaine, le VAFC évoluera désormais à quelques mètres de là, dans l’enceinte ultra-moderne de Nungesser II, encore en travaux à l’heure actuelle. Des façades recouvertes de 8000 « écailles » brillantes, 25 000 places, des espaces VIP, des écrans géants, un coût prévisionnel de 75 millions d’euros, le nouveau stade n’aura plus grand-chose à voir avec l’ancien. « C’est difficile de partir mais il faut savoir tourner la page, ne pas être fétichiste, évoluer avec son temps, explique Gérard. Les structures étaient devenues beaucoup trop vétustes ici. Le nouveau stade est magnifique, il va permettre au club de grandir, de monter en puissance. »

Quel avenir pour le « vieux Nungesser » ? Rien n’a encore été acté mais la démolition semble inéluctable et pourrait commencer dès l’automne. L’idée de garder au moins une tribune, pour l’histoire, fait son chemin. « Ca serait vraiment bien de garder quelque chose de ce stade », lâche Paul. « Faut pas qu’ils croient qu’on va les laisse faire un parking à la place », lance un supporter en passant derrière lui.

Tribune Pouille, 23h26

Le stade se vide. Tribune Pouille, un supporter détache son siège puis l’emporte en guise de souvenir. Paul sourit. Son siège n°154 restera ici. « Il va falloir penser à se retrouver une place dans le nouveau maintenant ! » Quelques joueurs sont restés sur la pelouse et profitent de ces derniers moments, coupes de champagne à la main, pour fêter le maintien de l’équipe. Dans la nuit valenciennoise, seuls quelques irréductibles supporters de la tribune de fer ne semblent pas prêts à quitter « leur temple » et continuent de chanter. Tel le cygne sentant venir la mort.


Sébastien Billard et Andy David
(avec la participation de la Twingo de Jean-Jean)
Photos : S.B. et A.D.


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