FOOTBALL – US Avranches : le Kop’ain d’abord

Publié le 5 octobre 2011

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Employé de mairie, Sébastien Hersand, dit "Youri", voue une fidélité sans borne à l’USA, l’Union sportive Avranches-Mont-Saint-Michel. Un club qui végète dans le groupe D de la CFA, avec seulement deux coupes de Basse-Normandie au compteur mais le Mont-Saint-Michel comme blason. Et ça, c’est la classe.

Si la Fenouillère n’est pas encore le Parc des Princes, Sébastien Hersand s’égosille pour. Dans les travées du stade d’Avranches, c’est lui qui mène la danse, grosse caisse en main et voix haut perchée. « Avant chaque match à domicile, j’arrive une heure à l’avance pour tout mettre en place. Je gonfle les ballons, je fixe les banderoles…c’est du boulot », explique celui que l’on surnomme Youri.

Dictionnaire ambulant du football avranchinais, l’employé de mairie ne vibre que pour deux clubs, l’USA (union sportive d’Avranches-Mont Saint-Michel) et le PSG. Son surnom lui vient d’ailleurs de l’époque bénie où Youri Djorkaeff portait encore un maillot de foot et Ronaldo, le vrai, ne dépassait pas le quintal.

Pendant que les simples mortels luttaient pour qu’Alan Shearer n’en claque pas trop à Lama sur Playstation, Sébastien loupait son deuxième tir au but « under the pressure », maillot de Djorkaeff sur le dos. « Tout le monde sur la pelouse criait Youri, Youri, Youri…et j’ai craqué, lâche-t-il avec un sourire. Depuis le surnom est resté ». A tel point qu’entre les murs de la cité, plus personne ou presque ne connait Sébastien. C’est désormais Youri et rien d’autre.

Avranches-Cherbourg, derby de la Manche

« Il faut le voir, les soirs de match, sourit Georges Charbonneau, 81 ans, doyen des supporters. Il attire tous les jeunes vers lui avec son tambour, c’est quelque chose ». Entendre la mythique « Avranchinaise » à l’entrée des bleus et blancs, c’est sûr, ça vaut le détour. Jouissif, comme une pichenette de Ronnie sur Vedran Runje. « Allons enfants avranchinais… », ça fout l’ambiance. Pour, « Aux armes », piquée aux Marseillais, la donne est différente. « On la chante plus celle- là, elle porte la poisse, note l’intéressé. On est comme tous les supporters, très superstitieux ».

Surtout les soirs de derby, face à Cherbourg. « C’est un peu dommage de les voir en National cette année, on ne pourra plus jouer contre eux, mais ils vont vite revenir », esquisse-t-il malicieusement. Entre les deux clubs ce n’est pas le grand amour. « Certains ont une grande gueule et cherchent plus les problèmes qu’autre chose, s’emporte Sébastien. Les supporters doivent être là pour encourager leur club et rien d’autre ».

Même contre Paris ? « Je suis 100 % derrière Avranches, répond sans hésitation le leader du Kop. Avranches c’est mon club et mes racines, Paris c’est autre chose ». Il faut dire que la confrontation aurait de la gueule et attirerait, pour sûr, quelques japonais et une armée de Nikon. La Tour Eiffel contre le Mont Saint-Michel, de quoi faire une spéciale des Racines et des Ailes.

La Coupe de France, la belle histoire

Pour l’instant, le douloureux duel n’a pas eu lieu, mais l’imaginer ne tient pas du fantasme. Habitué des 32e, l’USA est un client en Coupe de France. « On est assez réguliers et nos plus belles pages se sont écrites avec la Coupe ». Comme un certain soir d’hiver, en 1991, où le club accueille pour la première fois en compétition, un membre de l’élite, le FC Sochaux. « C’était magique…le stade était plein, toute la ville était là. Au final on a perdu 2-1 mais quel souvenir ». Ce soir-là, c’est Chérif Oudjani qui mit fin aux rêves des quelques 8 000 âmes venus encourager l’équipe.

En 2010, l’USA atteint pour la cinquième fois les 32e de finale, et voit enfin une vraie occasion d’accéder aux 16e. En affrontant l’Olympique de Saumur, qui évolue une division en dessous (CFA 2), l’équipe peut espérer affronter le Stade Rennais. Malheureusement, après un match décevant, Avranches est battu 1-0. Le moral miné, le club finit le championnat en roue libre et voit son rival, Cherbourg, obtenir son ticket pour le National…

Cette saison, tous espèrent que le succès sera au rendez-vous. Mais défaite ou victoire, le Kop qui fêtera ses 15 ans en novembre, n’est pas prêt de perdre la voix. Si par hasard, le vent porte votre croupe sur les strapontins de la Fenouillère, tournez la tête, et écoutez. Un tambour battant, un poing levé et des dizaines de supporters qui suivent la cadence… Youri n’est pas bien loin.


Hubert Charrier – Envoyé spécial de La Serviette dans La Manche

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