FOOTBALL – Un après-midi à Kaiserslautern

Publié le 8 novembre 2011

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Durant l’été 2006, notre éditorialiste Olivier Besnas arpentait les rues de Kaiserslautern (Allemagne), un t-shirt badgé "Coupe du monde" sur le dos et une bitburger dans la main. 

Je n’ai pas raté une seule rencontre de la Coupe du monde 2006. Cela n’a rien de très surprenant quand on me connait un petit peu.

Pour le match d’ouverture, Allemagne/Costa Rica, ma copine de l’époque et moi sommes allés à Kaiserslautern bien que la partie se déroulait à Munich. L’idée était surtout d’être sur place, dans le pays où allait débuter le 18ème tournoi mondial de foot. Voir la fièvre s’emparer des supporters allemands au fur et à mesure que le coup d’envoi approchait. Soi-même devenir brulant. Et boire des pintes de Bitburger et se transformer en "Germano-costaricien" passionné.

Quelques heures avant l’ouverture de la compétition, les rues de Kaiserslautern étaient bondées, le soleil était au rendez-vous. C’était la teuf et il devait en être de même dans toute l’Allemagne. Personne ne bossait à part les serveurs.

Je n’avais pas imaginé un tel engouement et je peux vous dire que j’étais emballé. On pouvait voir des supporters aux tenues excentriques et colorées, d’autres avec des maillots de nations et de clubs improbables, notamment sud-américains.

Beaucoup de visages étaient maquillés. J’ai aussi été frappé par la quantité de supporters nippons présents dans la ville trois jours avant le Japon/Australie qui allait se jouer au Fritz-Walter Stadion. Ils étaient seulement deux et j’arrêtais pas de les croiser ! Si ça se trouve, avec un peu de chance, eux aussi ils se souviennent de moi.

Le match allait commencer. Nous nous sommes rendus sur la Boschplatz, place sur laquelle est toujours installé un écran géant pour ce genre d’évènements. Après l’hymne costaricien, les nombreux fans présents entre les barrières de cette arène de circonstance ont entonné Das Lied Der Deutschen (et non pas Deutschland Uber Alles comme je l’ai déjà entendu). Moi-même, j’ai tenté de les imiter mais après Vaterland, je n’arrive jamais à me rappeler des paroles.

Le jeune Philip Lahm a ouvert le score pour l’Allemagne dès la 6ème minute d’une magnifique frappe enroulée dans la lucarne qui donnait le ton de cette Coupe du monde.

Autour de moi, c’était la joie et sans doute aussi le soulagement. Avant le premier match d’une compétition, l’excitation est accompagnée d’un sentiment d’angoisse assez considérable chez le supporter chevronné. Il sait que la performance réalisée par son équipe favorite lors de cette première s’avère être un révélateur de ce que sera pour elle la suite de la compétition.

Et le mental du supporter, qui des mois durant n’a vécu que dans l’attente du début du tournoi, ne saurait tolérer une contre-performance de la part de son équipe. Enfin je dis peut-être tout cela parce que les Bleus font tout le temps 0-0 pour leur premier match…

6 minutes. 1 à 0 pour les Allemands. Et même si Paulo Wanchope, la star de l’équipe centre-américaine, parti à la limite du hors-jeu, a égalisé quelques minutes plus tard (12ème), le moral des fans de la Mannschaft n’a aucunement été atteint car ils savaient désormais qu’ils pouvaient compter sur leurs joueurs préférés.

"Lu-Lu-Lu, Lukas Podolski !"

De fait, il n’a fallu que 5 minutes à Miroslav Klose pour redonner l’avantage à l’Allemagne (17ème) et j’ai assisté à ma deuxième explosion de bonheur collectif en dix minutes. Les Allemands, dès lors, étaient certains de l’emporter.

S’en est suivie une certaine accalmie sur le terrain mais certainement pas devant l’écran géant. Les drapeaux noirs, rouges et or s’agitaient dans l’air Palatin. Le public de la boschplatz chantait, notamment un groupe de filles à côté de moi : "Lu-Lu-Lu, Lukas Podolski !" J’aurais bien été mettre mes bras autour de leurs épaules pour chanter avec elles mais j’étais accompagné. Ce qui n’est pas toujours une excellente idée.

L’arbitre a sifflé la fin de la première mi-temps sur le score de 2 buts à 1 pour la Mannschaft et j’ai quitté l’arène pour aller commander une Bitburger.

Au comptoir, je me suis retrouvé à côté d’un costaud, la cinquantaine, ultra fier d’être ein richtiger Pfälzer. Il portait un chapeau de cowboy et un t-shirt à l’effigie de Sitting Bull. Sur mon t-shirt à moi, apparaissait le logo officiel de la Coupe du monde 2006. Il ne connaissait pas le mec. Il trouvait ça moche et ça ne l’intéressait pas. Il a alors entrepris de me conter l’histoire du génocide amérindien. Le temps que je parvienne à prendre congé de cet abruti sans l’offenser, la partie avait repris.

"Auf gehts Deutschland schiesst ein Tor !"

En ce début de seconde période, les coéquipiers du talentueux Bernd Schneider, capitaine d’un jour en l’absence de Michaël Ballack pour cause de blessure, se sont procurés quelques occasions qui n’ont pas vraiment inquiété la défense du Costa Rica. Les supporters allemands tapaient toujours plus fort dans leurs bâtons d’encouragement gonflables.

Ils se sont vus récompenser de leur soutien peu après l’heure de jeu, lorsque Lahm, sur son côté gauche, a centré pour Klose qui en deux temps battait le gardien des "Ticos", José Porras. Inscrivant là le jour de son 28ème anniversaire son 7ème but en 8 matches de Coupes du monde. "Auf gehts Deutschland schiesst ein Tor !", chantaient gaiement les supporters.

Wanchope, toujours lui, a eu beau réduire la marque (73ème) sur une action similaire à celle qui lui avait permis d’inscrire son premier but, plus personne ne s’inquiétait. Au contraire, j’avais le sentiment que les gens autour de moi étaient simplement contents de voir un but supplémentaire. Le mot d’ordre était le spectacle.

Il est devenu total lorsqu’en toute fin de rencontre, Torsten Frings, servi par Bastian Schweinsteiger, a inscrit un but mémorable d’une frappe surpuissante de 35 mètres. Cette réalisation permettait de conclure de la plus belle des manières cette rencontre prolifique et ce magnifique après-midi du 9 juin 2006.

 

Mais ça ne faisait que commencer. Qu’est-ce que je peux kiffer les débuts de Coupes du monde. C’était parti pour un mois qui allait être fantastique. A peine le temps d’applaudir une dernière fois, nous avons quitté le Boschplatz pour aller assister au second match de la compétition : Pologne/Equateur.

Carlos Tenorio a ouvert la marque et moi j’ai ouvert une canette de Bitburger.

Olivier Besnas – Editorialiste

Photo : flickr/faz the persian (licence Creative Commons)

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