FOOTBALL – Red Star 93, étoile et toiles

Publié le 7 janvier 2012

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Le Red Star reçoit ce samedi l’Olympique de Marseillle à l’occasion des 32e de finale de la Coupe de France. La Serviette s’est rendue à Saint-Ouen, à deux pas du mythique Stade Bauer, histoire de partager une pizza quatre fromages avec quelques uns de ses supporters.

Vendredi. Il est 19h30. Il pleut sur la ville. Un chien aboie. L’annonce de l’arrivée de Mister Ancelotti au PSG vient d’être rendue public. Mais à l’Olympic, on s’en balance pas mal.

L’Olympic, c’est le troquet qui fait face au stade Bauer, la vieille enceinte du Red Star 93. A l’intérieur, des photos jaunies sur les murs rappellent le dernier âge d’or du club, en Division 2. Calés dans un coin, des membres du Collectif des amis du Red Star dissertent en écoulant quelques demis. Un verre de pastis pour les plus téméraires.

Parmi eux, Sébastien, 27 ans, silhouette longiligne :

"J’ai grandi à Paris, dans le XVIIIème. Mais le PSG ne m’a jamais vraiment attiré. J’ai découvert le Red Star sur le tard. Ca a été un choc, une révélation même.

En voyant ce stade, je me suis rendu compte que ce à quoi j’avais toujours rêvé existait. Il s’y dégage une vraie authenticité"

Le stade Bauer, tout le monde en parle avec avec émotion à la table. Avec sa forme carrée, ses murs de briques, son toit en tôle et ses tribunes proches du terrain, l’enceinte a des airs de Craven Cottage, le stade de Fulham, à Londres.

Un stade à l’anglaise, en France, c’est plutôt rare. Alors ici, on en prend soin. Et, ces dernières années, un projet de la municipalité crystalise les critiques et les peurs des supporters :

Le possible déménagement du Red Star dans un nouveau stade situé en périphérie, dans le quartier des Docks.

Ce projet, Sébastien et les autres membres du groupe n’en veulent pas. Leur préférence va à une remise aux normes de Bauer et l’ouverture d’un débat public. Question de principe.

"Derrière la destruction de Bauer, il y a une vraie question de société. On refuse de partir pour un stade aseptisé, rond, avec une piste d’athlétisme autour et loin du centre-ville.

Je ne veux pas aller au stade "Justin Bridou", plein de sponsors et de mascottes où on va me proposer des bières sans alcool à 7,50 euros"

"La municipalité a un devoir de mémoire"

Dans ce contexte, la décision de la direction du club de "délocaliser" le match contre l’OM au Stade de France a ravivé les craintes quant à l’avenir du stade.

Pour le Collectif, Bauer symbolise l’essence même du club. Sa riche histoire et les valeurs qui vont avec. Une histoire chaotique et tourmentée sur le terrain et en dehors. Son nom, ce stade le doit au Docteur du même patronyme. Un résistant Audonien arrêté le 2 mars 1942, livré par la police française à la Gestapo, torturé avant d’être fusillé au Mont Valérien le 23 mai 1942.

On raconte également que les vestiaires auraient servi de caches d’armes pour des groupes de résistants dont le célèbre "groupe Manouchian. L’un de ses membres -Rino Della Negra – évoluait au Red Star. "Une municipalité de gauche comme celle de St Ouen ne peut pas détruire un stade comme celui-là. Ce serait irréversible. Elle a selon moi un devoir de mémoire à  son égard ", soutient Pierre, écharpe aux couleurs du club autour du cou.

Bien que fondé dans le très chic VIIème arrondissement par Jules Rimet en 1897, c’est après son arrivée à St Ouen en 1909 que le club s’est véritablement forgé l’identité qui est la sienne aujourd’hui. Implanté à 10 minutes de la porte de Cligancourt, à deux pas des Puces, le club est devenu au fil des années à la fois l’équipe de Saint-Ouen, de la Ceinture rouge, du Nord de Paris, du Paris de Montmatre, du Paname populo d’autrefois.

Dans les tribunes, des jeunes de banlieue, des mômes, des petits vieux le mégot au coin de la bouche qui se souviennent du foot parisien pré-PSG, mais aussi des ouvriers, des ultras, des amateurs de foot lambdas, des mecs attachants.

Karim résume :

"A Bauer, en tribunes, si tu viens la première fois, il y aura toujours quelqu’un pour engager la conversation"

Une diversité sociale de plus en plus rare dans les enceintes de football. La construction d’un nouveau stade, c’est aussi la crainte de voir le prix des places enfler et une partie de ce public disparaître.

"Le Red Star, ce n’est pas le cirque Pinder !"

Comme Luc, encyclopédie du foot parisien survitaminée, beaucoup revendiquent une conscience sociale forte et leur attachement à cette mixité sociale présente dans les tribunes de Bauer :

"Le Red Star, ça part de Jules Rimet, d’un catholicisme de gauche qui entend sortir les ouvriers de leur condition par le football. Le Red Star, ce n’est pas le cirque Pinder. Ca veut dire quelque chose.

Aujourd’hui, le foot est devenu un spectacle de divertissement. Si Bozo le Clown savait jouer au foot, ils seraient tous prêt à l’acheter

Quand on voit le PSG aujourd’hui. Le poids de l’argent face à l’identité du club, son histoire et ses supporters… les mecs sont en train de se faire mettre à poil ! C’est triste pour la culture foot. En même temps, c’est quand même un club qui avait pour marraine Annie Cordy"

Au Red Star, on aime à se revendiquer comme "l’antithèse du phénomène d’uniformisation du football" où les supporters sont devenus des consommateurs agitant des tifos sponsorisés par la grande distribution.

Quitte à lutter à l’encontre du "sens de l’histoire" footballistique ? Et rester  loin de l’élite professionnelle ?

Avec un palmarès riche de cinq Coupes de France, une identité forte et populaire, voir un riche investisseur faire du Red Star le deuxième club parisien de haut rang aurait pourtant de quoi séduire.

Mais Sébastien refuse net une telle idée :

"Je préfère me reconnaître dans un club que la gloire. Je suis prêt à accepter une évolution sportive lente pour préserver l’esprit de cette équipe"

Pierre, 32 ans, abonde :

"On  vient pour autre chose que pour le foot. On est aussi ici pour retrouver les gens, passer du bon temps. Il n’y pas de siège attribué et on voit surtout des buts dégueu du coccyx à la 85e"

Jet de bouteilles et virée à Montluçon

Non loin de l’Olympic, une pizzéria où le Collectif a ses habitudes. La discussion s’anime et les cruches se vident. Les souvenirs de soirées à Bauer et de déplacements  "à suivre l’étoile partout où elle bouge" se bousculent. Le "Cyber Kebab" de Raon-l’Etape (88), où un sosie de Massimo Gargia s’attardait. La buvette de Montluçon (03), où l’on servait volontiers du whisky dans des bouteilles en plastique ("Ils étaient organisés, ces mecs…"), et les contrôles ratés de "Bertrand, simple flic"…

A domicile, on s’amuse aussi. Parmi les 1.000 spectateurs réguliers de Bauer, quelques personnages. Comme cet amoureux transi, soucieux de crier sa tendresse pour l’étoile rouge dans un mégaphone à chaque match. Prié d’aller s’amuser ailleurs, il clame désormais sa flamme depuis l’extérieur du stade ("Le plus hallucinant, c’est que ce type vend les toiles qu’il peint à Drouot"). Et puis cet antillais, sacs de courses à la main, et toujours 20 minutes de retard. Pas grave : il lui reste 70 minutes pour danser sur les chants de supporters.

Le public de Bauer, chassez-le par la porte, il reviendra par la fenêtre. A l’occasion d’une opposition contre la réserve du PSG en 2009, les Audoniens sont condamnés à jouer à huis clos. Une trentaine de supporters se réfugie dans l’un des immeubles encerclant le stade pour encourager leurs joueurs depuis le balcon. A quelques secondes de la fin, le Red Star prend l’avantage. Jet de bouteilles et fumigènes sur la pelouse. Le match est interrompu. Alors qu’il se déroulait à huis clos…

Dans la pizzéria, les autres clients sont déjà partis. Le propriétaire tente à sa façon de nous indiquer la sortie. "Ricchi e Poveri" plein pot dans la sono du resto. Pas chien, il offre quand même un limoncelo au moment de sortir la carte bleue.

A la sortie, Pierre en rigole :

 « Des fois, il faut un peu de second degré pour supporter ce club… »


Andy David & Sébastien Billard – Envoyés spéciaux à Saint-Ouen (Seine Saint-Denis)

Le site du collectif : http://collectifredstar.over-blog.com/

Le site du collectif dédié à la défense de Bauer : http://www.stadebauer.fr/

Photos : Collectif des amis du Red Star

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