FOOTBALL – « Vive la main de Maradona »

Posted on 1 août 2011

0


Pour ou contre la vidéo ? La Serviette s’attaque à un marronnier du football contemporain. Notre consultant Olivier Besnas distille des arguments originaux. Et pas idiots.


Une nouvelle saison pleine d’erreurs d’arbitrage va commencer. L’occasion d’assister à des émissions de foot avec des consultants corrompus par le désir de se montrer scandalisés. Je crois que ces mecs-là ont rien capté au sens du foot, ni au sens de la vie par déduction. Moi quand je joue avec mes potes, est-ce que vous croyez qu’on a besoin d’un guignol avec un sifflet ?

La FIFA me fait bien délirer avec ses arbitres de surface qui doivent se geler les couilles et avoir honte de leur statut, un peu comme des flics qui se retrouveraient à la circulation après avoir commis une bavure. Non mais quel est le but de Blatter en fin de compte ? Je vais vous expliquer un petit peu. Après enquête, il semblerait que Blatter et Platini soient engagés dans une lutte contre la secte la plus dangereuse de l’histoire du ballon rond : la secte des disciples de la vidéo. Pour calmer leurs ardeurs, les deux hommes se retrouvent contraints d’imaginer des solutions tout à fait saugrenues, comme celle de nous mettre cinq arbitres sur le terrain. Et je vous parle pas du pauvre type qui lève le panneau du temps additionnel et qui empêche, à mon grand dam, les entraineurs et les remplaçants des deux camps de se foutre sur la gueule devant des millions de téléspectateurs. Selon certaines sources, la secte se trouvant être de plus en plus coriace, la FIFA aurait l’intention d’ajouter prochainement un arbitre dans chaque but, plus un dans le rond central. Il est question pour 2050 d’un arbitre par joueur.

Moi ce que j’aime dans le foot, ce sont les situations confuses. Permettez-moi donc de faire fermer leur claque-merde aux partisans de la vidéo. Dites-moi franchement bande de nases, ne trouvez-vous pas que l’histoire du foot serait beaucoup moins belle si le but de la main de Maradona avait été refusé ? Imaginez un petit peu la situation : les Anglais conservent leur flegme, Peter Shilton se dirige tranquillement vers Ali Bennaceur et le prie de la plus douce des voix de bien vouloir consulter la vidéo, prétextant une possible main du numéro 10 argentin. Ça vous aurait plu ça ? But refusé, carton jaune pour Maradona et coup franc pour l’Angleterre. En plus, El Pibe de Oro n’aurait pas eu l’occasion de prononcer cette phrase géniale : « quand j’ai marqué de la main, j’ai eu l’impression de voler un portefeuille dans la poche d’un Anglais. »

Non à la justice

Pourquoi voudriez-vous que tout soit parfaitement lisse ? A chaque fois que t’as un pénalty pas sifflé dans un match de Ligue 1, c’est parti : les émissions de foot du dimanche et du lundi sont consacrées essentiellement au débat pour ou contre la vidéo et j’entends toujours les mêmes conneries. Les consultants français sont généralement pour la vidéo. Ils détestent quand un but est accordé alors que le ballon n’avait pas franchi la ligne, quand un but a été refusé alors que le ballon l’avait franchie, ils en ont plus qu’assez, ils ne comprennent pas pourquoi le système de la vidéo n’est pas adopté alors qu’en rugby cela fonctionne très bien. Ils veulent se faire passer pour les adorateurs d’une justice footballistique parfaite et pour des gentlemans au cœur tendre : ils ont toujours une pensée pour les smicards et les commis dont le club de la ville a injustement été battu à cause d’une simulation ; ils songent aux retombées économiques et aux licenciements provoqués par cette défaite. Comme si la logique voulait que l’avenir du peuple d’une ville dépende des résultats de son équipe de foot et comme si les habitants de la ville du club vainqueur ne méritaient pas de trouver du boulot.

Bon, tu en as quand même certains qui sont contre la vidéo, mais ils n’ont généralement qu’un seul argument et celui-ci est d’une nullité à toute épreuve : la vidéo créerait un arbitrage à deux vitesses. Merde alors ! Encore des bons samaritains. Les voilà qui versent une larme pour les licenciés du foot amateur qui, en cas d’adoption de la vidéo, ne pourraient jamais profiter des moyens technologiques proposés aux professionnels. Ridicules les mecs. Ils auraient bien besoin de moi sur leur plateau de télé pour les défendre. Et j’aurais l’audace de déclarer qu’il ne faut surtout rien changer, à part de repasser vite fait à trois arbitres sur le terrain et de prier pour qu’ils commettent un maximum d’erreurs. Moi ce que je kiffe c’est le but accordé à Geoff Hurst et celui refusé à Lampard, la simulation de Rudi Völler et l’expulsion de Totti, la main de Vata et celle de Thierry Henry.

Esthétique du filet

Pour en revenir à ces ballons qui ont ou non franchi entièrement la ligne, j’aimerais vous faire part de cette dernière démonstration : pourquoi croyez-vous qu’on ait mis des filets dans les buts ? Vous croyez peut-être que c’est pour rattraper le ballon ? Mais pas du tout. La majorité des tirs n’étant pas cadrés, la plupart du temps, il faut de toutes façons aller chercher le ballon ; en plus, le seul moment où, justement, le temps est le moins compté, c’est celui où un but a été marqué, puisque on assiste quoi qu’il en soit à ce moment là, à la célébration du but dans un premier temps, puis au replacement des deux équipes avant l’engagement. Non, si les mecs ont mis des filets, c’est pour des raisons esthétiques, pour que ça claque et pour que tout le monde comprenne immédiatement qu’un but vient d’être inscrit. Donc, moi je dis qu’un attaquant qui n’a même pas été capable de faire trembler les filets et qui n’a permis au ballon que de franchir la ligne de quelques centimètres seulement, ne mérite pas vraiment d’améliorer ses statistiques et il est déplacé de crier à l’injustice au cas ou l’arbitre n’accorde pas ce pseudo but. De la même manière, et là vous allez penser que je me fous de votre gueule, ce qui est loin d’être faux, une équipe qui concède un but alors que le ballon n’avait pas franchi la ligne, eh bien quelque part, en s’étant mis dans cette situation limite, méritait sans contestation possible d’en prendre un.

Olivier Besnas – consultant foot pour La Serviette à titre bénévole
Illustration : Flickr – StefdeVries



Publicités