KULTUR – Philippe Katerine, en toute décontraction

Posted on 17 janvier 2012

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Le sport, Philippe Katerine aime ça. Avant d’échouer au bar du Louxor, l’artiste a trimbalé sa grande carcasse dans les salles polyvalentes et les gymnases de Vendée. La Serviette vous offre quelques extraits de l’interview qu’il a accordé à Marie Pâris pour le magazine On The Field*.

Katerine, il paraît que vous êtes un passionné de basket…

Ce sont mes parents qui m’ont orienté vers ce sport. J’étais dans un bon club. Puis j’ai été sélectionneur de l’équipe de Vendée, ça suffisait à mon palmarès, je me suis retiré par la grande porte… ! (rires). J’ai commencé à jouer à sept ans, et jusqu’à 17 ans. Ensuite, j’ai eu d’autres préoccupations : la musique, et ce qui va autour. Mais dès que je peux, dès qu’il y a un ballon, je joue. Enfin, je ne joue au basket que s’il y a un filet ; le cercle tout seul, ça ne m’amuse pas, le jeu n’a quasiment plus d’intérêt sans le filet. Quand il y a juste le cercle, c’est risible, ça tombe dans le vide, c’est une horreur ! La beauté de ce sport, c’est aussi de faire claquer le filet sans même toucher le cercle…

Vous jouez au basket dans le clip de “Liberté”. Ça aurait été l’occasion de montrer vos talents, mais vous jouez face à des enfants…

Je joue contre des enfants pour gagner, pour les écraser, les humilier. La chanson s’y prêtait très bien. On me dit « liberté », je réponds « mon cul ! ». C’était un peu comme une parabole, humilier ces enfants… C’est un clip atroce, mais c’est comme ça que je les aime…

Vous pratiquez d’autres sports que le basket ?

Ce qui m’intéresse surtout, c’est les sports collectifs. Quoique j’aime beaucoup le tennis aussi ; j’ai toujours pensé que j’aurais été bon. J’en joue peu, mais quand j’en joue, attention ! Il me faut une balle en fait. Sinon je ne vois pas après quoi on court. Les athlètes coureurs de fond, je trouve ça ridicule, je ne vois pas ce qu’ils cherchent. J’apprécie beaucoup le foot aussi, j’y joue de temps en temps… Mais je joue surtout à des sports que j’ai inventés moi-même… (rires) !

Par exemple ?

Le « paraball ». Ça se joue avec deux barres parallèles… On pédale en l’air, comme si on était sur une piste d’athlétisme, mais sans la terre… Il y a aussi le « freeball ». Ça se joue plutôt sur la plage, sur du sable dur, quand la marée s’est retirée. C’est très simple à jouer, c’est un mélange de tous les sports que j’aime : le ping-pong, le tennis, le volley, le basket, le foot. Mais il n’y a pas de filet. Tout le monde est bon en freeball ! Les jeux que j’invente se jouent toujours avec une balle. C’est moi qui invente les règles, comme ça quand je perds je les change un petit peu. Je suis le maître de ces sports, alors je me dois de remporter toutes les victoires ! J’ai toujours pensé que sans les règles, on ne peut pas s’amuser.

Qui sont les sportifs que vous admirez ?

J’aime assez Kareem Abdul Jabbar, des Lakers. Il faisait 2m18 je crois, et il inventait des figures tout le temps, parfois assez maladroites… J’aime ceux qui préservent leur singularité dans la collectivité. J’adore aussi Dominique Rocheteau, et pour une raison très précise : il ressortait le maillot de son short. Il avait l’air plus libre, plus virevoltant. Je trouvais ça très beau et très courageux. Les autres avaient l’air de militaires…

Et le chant, c’est un sport ?

Il y en a beaucoup qui s’entretiennent, s’exercent et suivent un entraînement spécifique. Ça n’est pas du tout mon cas. Du coup, il y a de grandes plongées, des moments où l’on a 80 ans, et des moments où l’on en a 20. C’est très irrégulier. Mais c’est ça qui est bien – et parfois, on peut faire un meilleur concert à 80 ans ! Je n’ai pas dans l’idée d’être très performant comme chanteur. Ma voix, je ne l’exerce pas, sinon j’aurais trop l’impression de me connaître. Parfois je me surprends ! Un jour j’ai chanté super grave, très fort ; je ne pensais pas que j’étais capable de chanter comme un gros monsieur. J’aime qu’il y ait du mystère, ne pas savoir de quoi on est capable. Je préfère donc m’entraîner directement dans les matches, sur scène.

Vous venez de sortir l’album 52 reprises dans l’espace. Pourquoi ce titre étrange ?

On avait l’impression d’être des explorateurs des temps modernes, dans l’espace. On avait l’idée qu’une chanson est une étoile, qui brille de pleins feux. Ou qui s’éteint et dont on ne s’occupe plus, comme la majorité des chansons. Elles sont orphelines, même leurs parents les ont oubliées. En tout cas, toutes ces étoiles avaient continué à briller dans mon cœur. C’est ma vision de la vie. Complètement désespérée par l’échec. Non, je rigole…

Vous parlez beaucoup d’échec…

En sport, on sait tout de suite quand on a perdu, c’est réglé. Alors qu’avec une chanson qu’on a conçue seul chez soi, on le sent bien après quand on est allé dans le mur ! Mais je ne suis pas désespéré par un échec. Gagner apporte beaucoup moins que de perdre. D’ailleurs, ceux qui gagnent se sont souvent fait humilier plein de fois avant. J’ai eu énormément d’échecs avant, de grandes blessures, souvent narcissiques. Elles m’ont aidé à accepter la défaite et à comprendre pourquoi j’ai perdu.

Vous êtes heureux aujourd’hui ?

Ça va oui, je suis heureux. Même si le bonheur garde un sens très abstrait pour moi – seul Cali peut le définir (rires) ! Je suis trop pudique pour en parler. Le bonheur, c’est des instants qu’il faut savoir saisir, comme un moustique dans une main ! Mon dernier instant de bonheur, c’était hier. Quand je me suis couché, les draps étaient juste changés, j’étais nu, et je remuais mes membres de façon doucereuse en fermant les yeux. J’avais un sourire intérieur…

Votre tenue préférée ?

J’aime quand je suis en page : en collants verts, avec des petites clochettes aux chevilles, avec un espèce de boubou, des manches très larges et une ceinture en cuir.

Ça ne doit pas être pratique pour jouer au freeball…

Le freeball, ça se joue en petite tenue. Petite tenue chic. Pour le paraball, on joue plutôt en jupe longue, en trapèze.

Musique, cinéma, dessin… On dirait que vous avez des phases en art.

Oui j’ai des phases… Parfois j’en traverse, et personne n’en voit la couleur. Là je me suis mis au saxophone, depuis huit jours. Et j’adore ça. C’est extraordinaire comme moyen d’expression, j’arrive à exprimer ce que je n’arrivais pas avant. Je ferme enfin ma gueule, mais pour dire autre chose ! En ce moment, je dessine pour une expo, je suis tout seul et j’adore ça… Ça sera dans la galeries des Galeries Lafayette, en avril prochain. Le dessin, c’est mon moyen d’expression le plus familier en ce moment. On emmène son carnet avec soi, on peut agir tout le temps. À l’expo, il y aura des dessins, sculptures, toutes sortes de choses.

Jouer du saxo, ça vous donne envie d’écrire des chansons ?

Je n’écris pas sur commande, ça vient quand ça vient. J’écrirai quand je me senti- rai obèse. Mais là je me sens m’alourdir de plus en plus ; ça va finir par craquer, sans prévenir. En attendant, je prépare le terrain, je range mes affaires, je fais mon lit, pour accueillir ce qui va venir. Les chansons, c’est une lourdeur, c’est très physique. Quand j’écris, en général par période de deux mois, je dors peu la nuit, je me réveille en sueur, et j’y pense tout le temps…

Ça a l’air dur d’écrire ! Vous allez passer votre vie à avoir des insomnies saisonnières ?

J’espère que non ! J’aimerais avoir un métier sérieux un jour. Comme garde forestier…


Marie Pâris – Un peu de sport, beaucoup de Kultur


* On The Field est un trimestriel de 200 pages qui aborde le sport, la culture et la mode sous un angle décalé à travers des interview, des enquêtes et des reportages. Le n°2 est en kiosques depuis le 20 décembre (5 euros). Au sommaire, l’intégralité de l’entretien avec Philippe Katerine mais aussi Teddy Riner, Denis Robert, Camille Lacourt, un portrait de Steve McQueen, un reportage sur le Tour du Burkina Faso… 

Photos : Boris Camaca/On The Field

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Posted in: SportKultur