FOOTBALL – Thierry Roland et mon bol de céréales du dimanche matin

Posted on 19 juin 2012

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Je me suis levé, je me suis servi un café et j’ai allumé la télé. Là, j’ai vu Roger Zabel qui parlait de Thierry Roland sur LCI et je n’ai pas tout de suite compris.

« Pourquoi tu pleures Papa ?, m’a demandé mon fils. La France a perdu ? » Mais non, la France avait gagné justement, 2 à 0 contre l’Ukraine. Je sais que Thierry Roland l’a vu, parce que si les Bleus ne l’avaient pas emporté, il aurait attendu jusqu’au match suivant pour mourir.

J’ai alors expliqué à mon fils que j’adorais le foot, « plus que les autres », et que ce sport passait sa vie à me rendre dingue. Je regarde tous les matchs à la télé depuis que j’ai 8 ans. J’ai vécu leur retransmission avec l’intensité propre à l’innocence jusqu’à un certain âge, à peu près jusqu’à l’époque où Thierry Roland a cessé de bosser sur TF1 et que ça a été la fin de son duo avec Jean-Michel Larqué.

Je ne dis pas que par la suite j’ai arrêté de kiffer et que je n’aimais pas Canal +, au contraire. Mais ce qui est certain, c’est que les fois où j’ai chialé, c’est Thierry et Jean-Mimi qui commentaient.

La main de Vata, l’Étoile Rouge de Belgrade, le Auxerre-Dortmund et le but de Kostadinov, ils étaient avec moi. De même que pour la tête de Boli et le doublé 98-2000 de l’équipe de France.



À 15 ans, je me suis maté France-Allemagne 82 en intégralité. Et bien que connaissant par avance le résultat de la rencontre, j’étais dans un sale état quand ce grand con d’Horst Hrubesch à inscrit le tir au but victorieux pour la RFA. C’était le même duo au commentaire et quelque part, ça aurait été moins légendaire avec Arsène Wenger et Christian Jeanpierre.

Thierry Roland revenait souvent sur France-Allemagne 82, on sentait que ça l’avait profondément marqué et d’une certaine manière, il en parlait au nom de tous les français passionnés par le ballon rond. Il voulait une revanche. Je me souviens notamment qu’en 2006, il souhaitait que les adversaires des Bleus en finale soient les Allemands. « On a tellement envie de leur mettre une branlée », avait-il dit.

Oui, Thierry Roland n’hésitait pas à dire ce qu’il pense, à sa manière et c’était parfait parce qu’il parlait avec le cœur. Les autres ont bien trop peur de se faire virer.

« Nous allons laisser passer une page de publicité »

« Quand on a vu ça on peut mourir tranquille… enfin le plus tard possible ». C‘était maladroit, il faut l’avouer. Moi je préfère : « Vous-vous rendez-compte Jean-Michel, la France est championne du Monde ! » Parce qu’à ce moment-là, Jean-Michel, c’était moi, et surtout, Jean-Michel, c’était mes ainés qui avaient rêvé de vivre pareil événement depuis fort longtemps.

Bon, comme beaucoup de monde, j’aime aussi « Monsieur Foote vous êtes un salaud » ou encore « il y a autre chose qu’un Tunisien pour arbitrer un match de cette importance ». Parce qu’en effet, M. Foote était un véritable salaud qui méritait d’aller en prison et parce que M. Benaceur arbitrait généralement des matchs du championnat tunisien, ce qui n’est pas tout à fait du même niveau qu’un Argentine-Angleterre de 1/4 de finale de Coupe du monde.

Dans Téléfoot, le dimanche matin, Thierry Roland disait souvent : « Nous allons laisser passer une page de publicité parce qu’il faut bien que tout le monde mange ». Quand j’étais petit, je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire par là et je pensais que je pouvais en profiter pour aller me servir un bol de céréales.

Je crois bien que mon fils non plus n’a pas spécialement compris de quoi je parlais. Il n’a que cinq ans (« et demi « , comme il aime à le préciser).

Mais il a compris que j’adorais le football et que j’étais triste parce qu’une personne qui était dans ma vie depuis longtemps était partie.

Olivier Besnas

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