CYCLISME – Cadel Evans et le crocodile

Posted on 26 juillet 2012

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La Serviette de Genève était sur les Champs-Elysées pour l’arrivée du Tour de France 2012. Et elle a vu un crocodile faire un calin à Cadel Evans. Emue par cette scène étrange, elle écrit une lettre au lauréat de l’an dernier.

Cher Cadel,

Tous les ans, à cette saison, je suis d’humeur maussade. Le retour du Tour de France sur les Champs-Elysées, c’est la fin de mon feuilleton préféré. Dans ma tête, je vois déjà les feuilles jaunir et le pluie de novembre nous guetter. Mais je ne peux pas m’empêcher d’aller remercier les forçats de la route (comme on dit) en passant l’aprem’ derrière une barrière.

Dimanche dernier, après l’arrivée. Je me balade, sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu quand je tombe sur un crocodile. Plus précisément, un type en costume de crocodile. Le reptile a des yeux rieurs. Dans sa bouche sortent des dents en mousse et une GoPro. Sur son dos couvert d’un maillot jaune, surmontant une queue traînant sur le sol, une photo de toi, Cadel, posant avec l’homme en costume à l’arrivée du Tour 2011. Lorsqu’il dévisse sa tête, des cheveux grisonnants. Appelons-le Monsieur Crocodile.

Google check :

–       Le type s’appelle Geoff Barrett, il a 50 ans (selon le Weekend Courier). Son surnom c’est Crickey Cadel. C’est marqué sur son drapeau.

–       Il habite à Rockingham, près de Perth, à l’ouest de l’Australie où il est conseiller en éducation.

–       Il a voyagé 17 159,49 kilomètres pour assister aux cinq derniers jours du Tour de France 2012.

–       L’an dernier, il était parvenu à attirer ton attention, comme le prouve cette vidéo

Une inspiration m’a poussé à rester auprès de Monsieur Crocodile en attendant ton passage lors de la traditionnelle parade des équipes. Un moment où un public de connaisseurs et de badauds remercie les coureurs de leur acharnement en claquant des mains. On y constate que les Europcar sont les rois de l’applaudimètre. On regarde poliment passer les Argos-Shimano.

Arrivent les BMC. Seul, détaché, debout sur ses pédales, ton équipier en maillot blanc, Tejay Van Garderen, passe en riant.

Toi, tu t’approches. Tu descends de ton BMC. Et tu bondis sur Monsieur Crocodile. Il te serre fort dans ses petits bras de reptile (le contact de sa peau est-il froid ?), peut être un peu trop fort puisque tu fais un pas en arrière. Pas de quoi briser votre amitié.

Cadel, tu es là, devant nous, avec aux manche et au cou tes liserés arc-en-ciel de champion du monde (à Mendrisio, en 2009, c’est con de te le rappeler). Tu viens voir un type qui a traversé le monde pour te voir et c’est beau.

Pourtant, tu as des raisons de faire la gueule. Ton Tour s’est mal passé. La veille, tu avais belle allure mais la pédale triste dans le contre-la-montre de Chartres. Lorsque ton jeune équipier Van Garderen t’a doublé, Thierry Adam a répété au moins quinze fois dans sa cabine surchauffée que c’était une passation de pouvoir. Laurent Jalabert n’a pas suivi son raisonnement.

« On fera mieux la prochaine fois », réponds-tu avant de t’enquérir de l’odyssée de ton supporter. Tu signes des casquettes, tu poses pour les photos, tu discutes. Une forêt de portable te prend en photo.

Le soleil brillait sur les Champs. Tu souriais. Monsieur Crocodile était heureux. Et moi, j’étais en paix avec le monde. J’ai 26 ans et je suis un type plutôt raisonnable. Je n’ai pas trop tendance à me laisser aller à l’idolâtrie. Mais là, entre ces deux platanes, le long de cette barrière, j’avais un peu envie de pleurer devant tant de bonheur. Au bout de trois minutes, peut être cinq, tu t’en vas. Vers Chiara, ton enfant, un prochain Tour de France, qui sait.

Une voix à l’accent australien traînant résuma le sentiment général : « Cadel, we love you ! ».

C’est exact.

Jonathan Sequoïa

Photo : Flickr/Thai Jasmine (Smile..smile…Smile..) (Creative Commons)

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