FOOTBALL – Jour de Coupe

Posted on 5 janvier 2013

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Haugesund, Rogaland Fylke, Norvège

Comme chaque année, les 32e de finale de la Coupe de France se disputent le premier week-end de janvier. La Serviette vous offre une ode aux courtes journées d’hiver, aux villes moyennes, aux merguez et à la plus vieille compétition hexagonale. 

Aujourd’hui, le jour ne s’est pas vraiment levé. Des nuages gris flottent d’ouest en est, survolant lentement notre morne pays. L’air est frais et humide, la luminosité faible. Dans cette atmosphère ouatée, quatre mats d’une trentaine de mètres de hauteur portent de puissants projecteurs. Ils arrosent une pelouse fatiguée de leurs rayons crus. L’herbe verte a viré au brun, surtout dans la surface de réparation. Nous sommes à Lille, à Montluçon, à Pontarlier, à Plabennec, à Thaon-les-Vosges, à Marseille, à Montbrison ou à Dreux, dans une enceinte moderne ou dans un stade municipal. Et ce week-end, trente-deux points de l’hexagone baigneront ainsi dans la lumière. Pour accueillir la Coupe de France.

Les joueurs rentrent sur le terrain, la fumée sort de leur bouche. Derrière le but, un officiel vérifie que les filets sont bien démêlés. En tribune, on mange une merguez (3,50 euros) en devisant, écharpe jaune, verte, bleue et rouge ou mauve autour du cou. Les supporters consultent la feuille A4 en papier glacé, pliée en deux, qui sert de programme. Dessus, des pubs pour Moselle Bois, la discothèque Le Darling, route de Soissons, ou SAS NetPro, n°1 du nettoyage industriel à Dieppe. Mais surtout, le nom de joueurs qu’ils connaissent vaguement, les numéros, et le parcours des deux équipes : les rencontres du passé récent qui font qu’elles se trouvent là aujourd’hui. Qu’on les appelle stadistes, crocodiles, grenats, Acistes, jaunes, ils porteront un maillot manche longues Nike. Sur leur poitrine, le PMU ou le Crédit Agricole. Dans un instant, Monsieur l’arbitre va donner le coup d’envoi d’un coup de sifflet sec.

Dans 90 ou 120 minutes, l’infinité des passes, lobes, contacts, erreurs, potentiels se sera déployée. Des défenseurs solides rassureront leur gardien. Un contre assassin aboutira à un but surprise. Aujourd’hui, il y aura des vilains gestes, des buts magnifiques, des cartons, des glissades sur la pelouse humide, des séances de penaltys interminables. Des joueurs professionnels rentreront dans leur métropole en pestant. Des villes moyennes goûteront à leur moment de gloire.

A l’heure du dîner, les spectateurs retrouveront leur voiture sur le parking. Le chauffage rendra vite l’atmosphère de l’habitacle douce et feutrée. Les phares éclaireront la nuit et les enfants sommeilleront à l’arrière. Denis, Amandine, Jean-Luc, Michaël ou Ahmed laisseront alors filer leurs pensées. Les uns penseront à l’avenir, tirer une Ligue 1, aller au Stade de France, voir la finale par une douce soirée de printemps. D’autres songeront à la défaite. Mais pour eux, les joueurs du coin auront fait ce qu’ils peuvent.

Et c’est déjà pas mal.

Jonathan Hampsten

Photo : flickr – Henri Leirvoll (licence Creative Commons)

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