FOOTBALL – France-Bulgarie et la barre de Kostadinov

Posted on 15 novembre 2013

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Pour les Bleus, la qualification sera au bout de la route

[FICTION] France-Bulgarie 1993, vous vous souvenez ? Eh bien sachez que dans le monde parallèle où vit Olivier Besnas, c’est la France qui s’est qualifiée pour le mondial aux Etats-Unis. Il raconte.

Mercredi 17 novembre 1993. L’un des moments les plus flippants de mon existence. C’était le jour de mon anniversaire et ça a faillit tourner au cauchemar.

Je ne sais plus ce que j’ai eu comme cadeau, mais c’est parce que mes cadeaux, ce jour-là, c’était comme l’école, ce n’était pas une priorité. Tout ce qui avait encore de l’importance, c’était que la France se qualifie pour la Coupe du monde aux États-Unis.

Déjà qu’on avait raté ITALIA’90 et que j’avais dû me rabattre sur l’Allemagne et sur le Cameroun. Bon, c’est vrai que c’était cool d’encourager Pierre Littbarski et Eugène Ekéké, mais j’aurais préféré tripper sur un Christian Pérez.

– France/Israël

Un mois plus tôt, les joueurs du sélectionneur Gérard Houiller avaient déconné à mort : ils n’avaient besoin que d’obtenir un nul à domicile face à Israël et c’était parti pour la Coupe du monde 94.

Israël n’était qu’une petite équipe pas terrible à l’époque. Avant la rencontre au Parc des Princes, les Israéliens n’avaient pas remporté la moindre victoire en huit matches et, à l’aller à Tel-Aviv, les Tricolores les avaient largement dominés (4-0).

Je me souviens de la présence d’Edson Arantes Do Nascimento dans les tribunes du Parc. Alors que la rencontre venait de débuter, le Roi Pelé avait été convié à placer quelques mots au micro, dans la cabine à Thierry et Jean-Mimi. On aurait bien vu notre duo de commentateurs préférés se recouvrir la tête avec des perruques tricolores : l’interview s’était déroulée dans une véritable ambiance de fête, comme si la France naviguait sur la même planète que le Brésil et que les deux nations allaient s’envoler vers l’Amérique avec la même fusée.

C’est ce jour-là que j’ai compris que les Français étaient peut-être un peu cons par moments. On attendait tous que les Israéliens se mangent une bonne fessée…

Ne menant que 2-1 à dix minutes de la fin, ce sont pourtant bien les Bleus qui reçoivent bien plus qu’une claque : un authentique coup de chandelier ! Rejoints à la 83e minute et soudain comme tétanisés par l’enjeu, ils finissent par s’incliner 2-3 pendant les arrêts de jeu sur une ultime attaque israélienne. « Des nuls ! », s’agacera mon père.



Quand à Pelé, je ne sais pas où il est passé après la rencontre, mais j’imagine qu’il s’est bien foutu de nous.

– France/Bulgarie

C’est donc lors de la dernière rencontre face à la Bulgarie de Hristo Stoichkov que tout doit se décider. Le stratège du FC Barcelone et ses coéquipiers sont venus à bout des Français 2-0 à l’aller, à Sofia. Mais ces derniers ont toujours un point d’avance avant la rencontre et, encore une fois, un score de parité serait suffisant. Comme face à Israël, le match se déroule au Parc des Princes.

Pendant tout le mois qui a précédé la rencontre, je me suis fait cette inquiétante réflexion : « le destin n’a pas pu faire en sorte qu’ils perdent contre Israël si c’est pour ne pas perdre ensuite contre la Bulgarie, ça servirait à quoi sinon ?… » D’autant que cette mauvaise surprise rappelait ce nul 1-1 survenu quelques années auparavant face à Chypre. Cette contreperformance avait été à l’origine de l’absence des Français au Mondial en Italie…

Pour autant, les Bleus semblent suffisamment armés et peu de supporters Français n’osent vraiment envisager le pire. Plusieurs joueurs de l’équipe de France ont remporté la Ligue des champions avec l’OM six mois plus tôt (Desailly, Deschamps et Sauzée), d’autres évoluent au PSG (Lama, Roche, Le Guen, Ginola et Guérin), le duo d’attaque se compose de Jean-Pierre Papin (Ballon d’Or en 91) et d’Eric Cantona, alors nouvelle grande star de Manchester United.

Le début de rencontre des joueurs tricolores est pénible, un peu dans la continuité de la fin de match face à Israël. J’en ai déjà la pression comme devant une séance de tirs au but ! Les coéquipiers du capitaine de l’équipe – notre JPP national, ne parviennent pas à se libérer et à retrouver le jeu très acceptable qu’était le leur durant ces éliminatoires. On a l’impression qu’ils vont jouer le 0-0 et ce n’est pas bon du tout pour mon jeune cœur fragile !

Parce qu’ils ne me disent rien de bons ces Bulgares. Sans être plus séduisants que les Français, ils se montrent bien plus entreprenants. Quoi de plus normal aussi ? Les joueurs du sélectionneur Dimitar Penev ont tout à y gagner : cette chance qui leur a été offerte de se qualifier est miraculeuse… d’ailleurs je n’arrête pas d’y penser !

Le talent des Français fini toutefois par faire la différence : à la 32e minute, à la suite d’une longue transversale de Deschamps et une remise de la tête de Papin, Cantona ouvre le score pour la France. L’avenir s’éclaircit.



Je m’autorise même le droit d’ouvrir le paquet de chips que je m’étais mis de côté. Cela aurait été indécent d’oser pareil acte à un seul but du cataclysme. La petite marge dont bénéficient les Bleus incite à la gloutonnerie et mon chien Bobby, d’un seul coup très intéressé par le match de foot, s’approche du canapé.

Mais à peine le temps de croquer dans la première chips, cinq minutes après l’ouverture du score, aïe ! Emile Kostadinov égalise sur corner.



Très honnêtement, je ne m’attendais pas à ça et je suis pour le moins choqué. Si l’avantage psychologique était côté Bulgare avant le début de la rencontre, qu’en est-il donc maintenant après ce retour à la marque ? La suite de la rencontre va être insoutenable…

C’est la mi-temps et je ne suis pas vraiment un modèle de sérénité. Je me redemande encore comment on a pu bêtement en arriver là. La qualification pour la Coupe du monde ne semblait être qu’une formalité après les huit premières journées de ce groupe : deux matchs à domicile pour un seul point à prendre, bon sang !

Ma théorie sur le destin tragique des Bleus est plus que jamais d’actualité à l’entame de la seconde période. Ne s’inspirant nullement des hommes de Gérard Houiller, ni de ceux du sélectionneur Bulgare, Bobby tente parfois une offensive pour s’approprier le paquet de chips dont j’ai abandonné la dégustation, ce qui lui vaut chaque fois une petite remontrance.

En fait, cette 2nde période est un peu comparable à celle de la rencontre que j’évoquais plus haut entre Marseille et Milan, en finale de Ligue des Champions quelque mois plus tôt : ça n’est pas forcément spectaculaire, mais à vrai dire, le match, on ne le regarde plus vraiment, on regarde surtout la pendule et on prie pour que le temps s’accélère.

La sensation de toucher au désastre absolu

Les Français jouent mal, de plus en plus mal. Ils ne marqueront plus ce soir, c’est une certitude. Les Bulgares ne méritent pas de l’emporter non plus, mais dès qu’ils franchissent la ligne médiane, c’est l’angoisse totale.

Alors qu’à dix minutes du terme Vincent Guérin remplace Franck Sauzée, je réalise qu’il serait désormais trop tard pour revenir si les Bleus encaissaient un but. J’ai l’impression de me liquéfier et de m’enfoncer dans le canapé. Bobby, tel un renard des surfaces, en profite pour s’emparer des chips, comme s’il avait poussé un ballon qui traîne au fond des filets ; je ne réagis même pas.

La 90e minute est proche, je n’ose pas imaginer qu’en fin de compte le plus beau est en train de se réaliser. Guérin et Ginola, également entré en cours de jeu à la place de Papin, jouent un coup-franc à deux proche du point de corner. Au lieu de conserver le ballon dans le camp bulgare, David Ginola tente un centre… beaucoup trop long, qui permet aux Bulgares d’entamer une contrattaque. Cette fois-ci, je m’aplati comme une crêpe dans le canapé… une crêpe dont ressorte deux yeux révulsés.

Le ballon arrive rapidement dans le camp des Français. En 1991, je n’avais pas eu le cran de regarder Manuel Amoros tirer son penalty (raté) contre Belgrade. Depuis, je regarde tout ce qui se passe.

Et c’est là qu’intervient l’instant le plus terrifiant de toute ma vie d’amateur de foot : au bout de ce contre, Kostadinov reçoit le ballon à l’entrée de la surface de réparation, s’avance et frappe, le Montpelliérain Laurent Blanc, tacle et dévie légèrement le ballon. Cet instant est gravé dans ma mémoire, car cette sensation de toucher au désastre absolu, jamais je ne l’ai retrouvée…

Mais je remercie encore les Dieux du foot : ils envoient le ballon s’écraser sur la barre et rebondir devant la ligne alors que Bernard Lama était battu. Marcel Desailly parvient ensuite à dégager le ballon en corner. Le soulagement qui s’en suit, lui, est éternel.

Desailly, Le Guen, Ginola, tous se congratulent

L’arbitre ne laisse pas le temps aux Bulgares de frapper le corner dont ils bénéficiaient et siffle la fin du match. Kostadinov entre dans une colère mémorable et j’ai toujours une certaine tendresse pour lui quand je repense à ce qu’il a faillit réussir. Pas rancunier, le joueur du FC Porto signera au PSG la saison suivante.

En attendant, ses futurs partenaires de club et les autres Tricolores n’ont que faire de la déception des Bulgares. Leur joie est immense. Les possibles tensions qui existaient entre Marseillais et Parisiens ne sont pas flagrantes. Tous se congratulent : Desailly et Lama, Deschamps et Le Guen, Cantona et Ginola. Au sujet de ce dernier, Gérard Houiller aura cette déclaration en conférence de presse : « David, tu nous fais plus ça », en référence à son coup de folie de dernière minute. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le message a été reçu…

De mon côté, je pouvais entamer les festivités pour mon anniversaire et m’ouvrir un autre paquet de chips. Ce but que les Bleus n’ont pas encaissé était le plus beau des cadeaux, pas seulement pour moi, bien sûr, mais aussi pour tous les supporters français.

Vingt ans après, lorsque je me remémore cette 90e minute, j’en suis encore effrayé. Songez un peu : une Coupe du monde 94 sans la France ? Avec tout ce qui s’y est passé… La « Bataille de Foxborough », comme tant d’autres grands événements, n’auraient jamais appartenu à notre histoire.

Olivier Besnas

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